La trésorerie est le carburant de l’entreprise. Pourtant, 60 % des dirigeants avouent ne pas consulter de prévisionnel de trésorerie plus d’une fois par trimestre. Résultat : des fins de mois difficiles, des opportunités manquées, et parfois le dépôt de bilan alors que les carnets de commandes sont pleins.
Le tableau de trésorerie (ou plan de trésorerie) est l’outil indispensable pour reprendre le contrôle. Loin d’être une simple formalité administrative, il s’agit d’un véritable tableau de bord de pilotage.

Un tableau de trésorerie est un document financier prévisionnel (ou historique) qui liste l’ensemble des encaissements et des décaissements d’une entreprise sur une période donnée.
Il répond à une question simple : « À la fin du mois prochain, combien d’argent aurai-je sur mon compte en banque ? »
Tableau comparatif : Tableau de trésorerie vs Compte de résultat
La confusion la plus courante est de mélanger trésorerie et résultat comptable.
Voici pourquoi ils sont différents :

Critère Tableau de trésorerie Compte de résultat
Ce qu’il enregistre Les mouvements réels d’argent (débits et crédits bancaires) Les droits et obligations (créances et dettes)
Base de calcul TTC (Toutes Taxes Comprises) HT (Hors Taxes)
Exemple concret Je vends le 1er janvier, le client paie le 15 mars. L’argent apparaît en mars. Je vends le 1er janvier. La vente est comptabilisée en janvier (créance client).
Objectif Savoir si on peut payer ses factures dans 15 jours Savoir si l’entreprise est rentable sur l’année

Le saviez-vous ? Une entreprise peut être bénéficiaire (résultat positif au compte de résultat) mais en cessation de paiement (trésorerie négative) si ses clients paient trop tard.

Les 3 catégories de flux à connaître absolument

Avant de construire votre tableau, il faut comprendre la nature des flux qui y figurent. Voici le détail :

Type de flux Description Exemples concrets Impact sur la tréso
Flux d’exploitation Liés à l’activité courante de l’entreprise Ventes, achats fournisseurs, salaires, loyers, TVA, impôts C’est le cœur du réacteur. Doit être positif sur le long terme.
Flux d’investissement Liés à la modification du patrimoine (actif) Achat d’une machine, achat d’un véhicule, vente d’un bien immobilier Généralement négatif (dépenses), sauf en cas de cession.
Flux de financement Liés à la structure financière Apport en capital, souscription d’un emprunt, remboursement du capital (hors intérêts) Permet de financer les investissements et le besoin en fonds de roulement.

Comment mettre en place un tableau de trésorerie : la méthode pas à pas ?

Voici comment construire votre premier tableau de trésorerie de manière fiable, avec un tableau récapitulatif des étapes.

Les 4 étapes clés de la construction

Étape Action Conseil pratique Piège à éviter
1. Choisir l’outil Utiliser Excel, Google Sheets ou un logiciel de tréso. Pour débuter, un modèle Excel gratuit suffit. Utiliser un outil trop complexe qu’on n’utilisera pas.
2. Lister les encaissements Noter toutes les rentrées d’argent prévues mois par mois (ventes, subventions, apports). Basez-vous sur votre carnet de commandes. Être trop optimiste sur les dates de paiement des clients.
3. Lister les décaissements Noter toutes les sorties d’argent (fournisseurs, salaires, loyers, URSSAF, TVA, emprunts). Passez en revue vos relevés bancaires des mois précédents. Oublier les charges annuelles (taxe foncière, formation) ou la TVA à reverser.
4. Calculer le solde Solde final = Solde initial + Total encaissements – Total décaissements. Le solde final du mois N devient le solde initial du mois N+1. Confondre résultat comptable et trésorerie réelle.

Les erreurs fatales à éviter (et comment les corriger)

Le fichier que vous nous avez fourni évoquait des « risques de crédibilité ». En réalité, les erreurs sont beaucoup plus concrètes. Voici un tableau des 3 erreurs les plus courantes.

Erreur Description du piège Conséquence La bonne pratique
Confondre date de facture et date d’encaissement Noter une vente en janvier alors que le client paie en mars. Le tableau est faussé, on croit avoir de l’argent qu’on n’a pas. Toujours se baser sur la date de valeur bancaire (la date où l’argent tombe sur le compte).
Travailler en HT au lieu du TTC Baser ses prévisions sur le chiffre d’affaires Hors Taxes. On sous-estime les dépenses (la TVA sur les achats) et on surestime les rentrées (la TVA collectée). Le tableau de trésorerie se fait toujours en TTC.
Inclure les amortissements Considérer l’amortissement comptable comme une dépense. On crée artificiellement un déficit de trésorerie qui n’existe pas. Les amortissements sont des charges « non décaissables ». Ils ne doivent jamais figurer dans le tableau.

Analyser son tableau de trésorerie : les 3 indicateurs à surveiller

Une fois votre tableau de trésorerie rempli, il faut le lire correctement. Voici ce que vous devez analyser :

Indicateur Formule / Définition Seuil d’alerte Action à mener
Solde de trésorerie La dernière ligne de votre tableau. En dessous du seuil de sécurité (ex : 1 mois de charges fixes). Réduire les dépenses, relancer les clients, négocier un découvert.
Besoin en Fonds de Roulement (BFR) Créances clients + Stocks – Dettes fournisseurs. S’il augmente alors que la trésorerie baisse. Négocier des délais fournisseurs plus longs, ou demander des acomptes aux clients.
Écart Prévisionnel/Réel Comparer ce que vous aviez prévu et ce qui s’est réellement passé chaque mois. Écart négatif répété sur plusieurs mois.

Revoir vos hypothèses de vente ou votre politique de recouvrement.

Exemple concret : Tableau de trésorerie simplifié (sur 3 mois)

Pour que ce soit encore plus clair, voici à quoi ressemble un tableau de trésorerie basique.

Lignes Mois 1 (Janvier) Mois 2 (Février) Mois 3 (Mars)
Trésorerie initiale 10 000 € 7 000 € 5 000 €
Encaissements (ventes, etc.) 5 000 € 8 000 € 12 000 €
Décaissements (achats, salaires, TVA, etc.) 8 000 € 10 000 € 9 000 €
= Trésorerie finale 7 000 € 5 000 € 8 000 €

Dans cet exemple, l’entreprise voit sa trésorerie baisser en février (à 5 000 €), mais elle anticipe une remontée en mars. Si 5 000 € est son seuil critique, elle sait qu’elle doit agir en janvier pour ne pas être à découvert en février.

Faites du tableau de trésorerie votre rituel

Le tableau de trésorerie n’est pas un exercice comptable à faire une fois par an. C’est un outil de management dynamique. En y consacrant 30 minutes par semaine, vous passez d’une gestion « réactive » (vous subissez) à une gestion « proactive » (vous anticipez).
Que vous utilisiez un simple fichier Excel ou un logiciel spécialisé, l’important est la régularité. Ouvrez votre fichier, listez vos échéances des 90 prochains jours, et reprenez le volant de votre entreprise.
Le tableau de trésorerie n’est pas un exercice comptable à faire une fois par an. C’est un outil de management dynamique. En y consacrant 30 minutes par semaine, vous passez d’une gestion « réactive » (vous subissez) à une gestion « proactive » (vous anticipez).
Que vous utilisiez un simple fichier Excel ou un logiciel spécialisé, l’important est la régularité. Ouvrez votre fichier, listez vos échéances des 90 prochains jours, et reprenez le volant de votre entreprise.

FAQ Questions rapides

Quelle est la différence entre un tableau de trésorerie et un budget de trésorerie ?

Dans l’usage, c’est synonyme. Le « prévisionnel de trésorerie » désigne le futur, le « tableau » peut aussi suivre le réalisé.

Dois-je inclure mes prélèvements personnels ?

Oui, si vous êtes dirigeant, votre rémunération est une sortie de trésorerie.

À quelle fréquence le mettre à jour ?

Idéalement chaque semaine pour le court terme, et une révision complète chaque trimestre.